#espace-public
L’approche de l’espace public au prisme du genre est souvent réduite à l’aspect sécuritaire : il faut mettre en sécurité les personnes sexisées. Placer cet aspect au centre du débat est contre-productif : cela renforce le mythe d’un espace public intrinsèquement dangereux pour les personnes sexisées, alors que la majorité des violences sexistes et sexuelles ont lieu dans les espaces domestiques. De plus, l’enjeu de la sécurité permet de justifier des dispositifs sécuritaires qui ne répondent généralement pas aux besoins des personnes sexisées, en plus d’avoir des conséquences néfastes sur d’autres minorités (personnes sans-abris, itinérantes, racisées…).
Il est aujourd’hui urgent de repenser les espaces publics et de créer des environnements plus inclusifs, accueillants et hospitaliers pour tous les membres de nos communautés. L’espace public ne doit pas seulement être un espace où on se sent en sécurité, bien que cela soit primordial. Nous voulons qu’il soit surtout un lieu de rencontres, de loisirs, de détente, de vie collective…où chacun·e se sent bien et à sa place.
L'espace public n'est pas public, en ce qu'il n'est pas adapté à toustes. Les enquêtes démontrent que les groupes minorisés modifient généralement leur comportement dans l'espace public pour éviter d'être pris pour cible. Certaines personnes, notamment les personnes transgenres, évitent complètement certains quartiers. Elles ne sont d'ailleurs pas la seule minorité à ressentir cette vulnérabilité, renforcée par une augmentation constante des agressions misogynes, des crimes haineux et des incidents visant également les personnes handicapées et les minorités religieuses et ethniques ces dernières années. Dans l’espace public comme ailleurs toutes les discriminations et les systèmes reproduisant des inégalités (racisme, âgisme, validisme…) se combinent et se renforcent entre eux.
Malgré la visibilité des espaces urbains queer dans de nombreuses villes, des craintes persistent quant à leur déclin structurel et leur disparition. Ces espaces ont certes attiré les touristes dans les grandes villes, mais ils ont aussi attiré les promoteurs immobiliers et les investisseurs qui y ont vu des opportunités économiques. À travers la gentrification et les rénovations urbaines, des pans entiers de mémoire s'effacent. Nombre de ces espaces sont devenus inabordables pour les communautés queer qui les ont façonnés.
"Le sursans-abrisme queer, c'est le constat d'une surreprésentation, d'une disproportion des personnes queers parmi les personnes à la rue." (Fondation Le Refuge) Selon les dernières données européennes, que les personnes LGBTQI+ sont 5 fois plus exposées au risque de se retrouver sans domicile fixe et 15 à 16 fois plus sans abri. En France, une personne queer sur cinq a déjà été sans domicile et près de 5% en hébergement d'urgence ou dans la rue. Des difficultés d'hébergement qui durent en moyenne 12,9 mois. Pour les personnes trans, ces chiffres doublent, et les personnes intersexes sont aussi particulièrement touchées : 29% d'entre elles se sont déjà retrouvées sans domicile.
ressources
Queer perspectives on public space, ARUP (2024)
Genre et espace public, Periferia
Queering Public Space: Exploring the relationship between queer communities and public spaces (2021)
Le Refuge alerte sur le "sursans-abrisme" LGBT (2024)
Chroniques mutantes sur le harcèlement de rue