Front Q(UEER)

On est un collectif anarcho-queer basé à Bruxelles qui s’organise en mixité choisie queer/tpg.

Point Queer

Un moment de rencontre mensuel calme et hors cadre festif, qui se déroule tous les premiers dimanches du mois.

Lors des PQ nous proposons des groupes de discussion, des lectures et des projections, ainsi que la possibilité de juste venir se poser entre nous.

Pride in the Park

Tous les ans au moment de la Pride officielle et en opposition à celle-ci, on réussit à fédérer des centaines de potes autour de la Pride VNR :

Cet évènement annuel contre la « gay pride » est une alternative politique pour se retrouver en communauté et boycotter la Pride raciste et homonationaliste de la ville de Bruxelles, ses partis et ses Rainbow Cops.

À cette occasion festive, une scène permet des discours rappelant le caractère insurrectionnel des prides à leurs débuts, et la perte de sens engendrés par les récupérations libérales de nos luttes, pour permettre un moment de convivialité communautaire le temps d’une journée.

Nous soutenons toute expression disruptive radicale pendant le mois qui précède, et lors des évènements de la Pride officielle.

Contact

Nous sommes un petit collectif et ne répondons généralement pas aux chercheur.euses universitaires ni à la presse.

#police

La police est une institution de l'État, et c'est à ce titre qu'il faut la comprendre. Quelle que soit sa forme, sa fonction première est de maintenir l'ordre établi et de protéger les intérêts des groupes dominants, au moyen d'une violence dont elle revendique le monopole légitime. Cet ordre n'a rien de neutre : il est traversé par des rapports de classe et par la suprématie blanche, ainsi que par les alliances que ces logiques peuvent nouer entre elles, jusqu'à leurs formes les plus extrêmes.

Analyser la police suppose donc de partir de ce qu'elle sert, plutôt que de ce qu'elle prétend être.

Un peu partout, les polices modernes se sont constituées ou renforcées pour encadrer les populations colonisées et réprimer les mouvements sociaux: luttes autochtones, mouvements ouvriers, courants anarchistes et révolutionnaires. Leur rôle a constamment été de neutraliser ce qui menaçait l'ordre social : contester le cadre politique existant, ou remettre en cause la propriété des moyens de production par celles et ceux qui les font fonctionner, les travailleur·euses. De ce point de vue, toute revendication d'égalité qui déborde le cadre autorisé expose celles et ceux qui la portent à devenir des cibles.

Ce constat n'est pas seulement historique. Aujourd'hui, les violences policières se sont banalisées, la répression des mouvements sociaux s'intensifie, et l'impunité demeure la règle, y compris pour les faits les plus graves. Les personnes désignées comme « indésirables » en sont les premières victimes.

Les mouvements queer occupent une place particulière dans cette histoire. Dès lors qu'elles ne se conforment pas au modèle attendu — celui de la nation, de la famille et du travail —, les personnes LGBTQIA+ ont durablement été perçues et traitées comme un désordre à corriger. Cette hostilité ne relève pas de comportements individuels isolés : la police est aussi une institution de l'ordre patriarcal, et le contrôle des corps, des genres et des sexualités fait partie de ses fonctions. Les mobilisations queer contemporaines sont d'ailleurs nées d'affrontements avec la police : les émeutes de Stonewall, en 1969, furent d'abord une révolte contre le harcèlement policier, portée notamment par des femmes trans et des personnes racisées.

C'est ce qui fait qu'on s'oppose aux réponses réformistes. On propose régulièrement de « sensibiliser » ou de « former » la police aux violences LGBTQIA+, comme si le problème tenait à un simple défaut d'information. Or l'institution fonctionne d'abord comme elle a été conçue : pour prétendre protéger la société en désignant des coupables parmi les groupes déjà dominés, personnes immigrées, habitant·es des quartiers populaires, « délinquant·es », quitte à instrumentaliser nos luttes pour légitimer ses propres pratiques racistes. Attendre d'une telle institution qu'elle nous protège, c'est oublier sa raison d'exister.

Les violences que nous subissons, elles, ne connaissent pas de frontière de classe ni de territoire. L'homophobie et la transphobie traversent la famille, les quartiers aisés, les espaces de travail présentés comme inclusifs autant que la rue. Mais la répression, elle, ne s'applique pas de manière égale : ce sont massivement des personnes des quartiers populaires et racisées que la police vise, contrôle et arrête — et qu'une justice de classe condamne ensuite, tandis qu'un père ou un employeur violent y échappe presque toujours. Cette sélectivité n'est pas un dérèglement du système ; elle en est un ressort. La police n'en est ici que le premier maillon.

Sur la façon dont les tribunaux et l'enfermement prolongent cette logique, voir la section Justice.

C'est à partir de ces constats que nous nous inscrivons dans une perspective abolitionniste. Nous ne pensons pas que la police puisse être réformée ou « sensibilisée » jusqu'à devenir protectrice : le problème tient à sa fonction, non à ses excès.

Cela implique d'en chercher les réponses ailleurs : dans l'autodéfense collective, l'entraide et des pratiques de sécurité qui ne reposent pas sur l'État. C'est l'objet des pages qui suivent.

Une objection revient souvent : aujourd'hui, la police est le principal espace, largement monopolisé, où l'on peut déposer et faire enregistrer une plainte après une agression. Mais ce monopole ne prouve pas sa légitimité. Il mesure seulement l'ampleur avec laquelle l'État s'est rendu incontournable sur le terrain de la sécurité et de la « justice ».

Ce passage quasi obligé est lui-même une violence. Pour beaucoup d'entre nous — personnes trans, racisé·es, sans-papiers, travailleur·euses du sexe, précaires —, se rendre au commissariat, c'est s'exposer à l'institution même qui surveille et réprime. Déposer plainte peut devenir une seconde épreuve, voire une mise en danger, et le « recours » se retourne alors contre celles et ceux qu'il prétend protéger.

Sans oublier que ce monopole de la violence a aussi un coût. La police mobilise des budgets publics considérables — autant de moyens qui ne vont pas au logement, à la santé, à l'accueil ou aux services de prévention et d'intervention qui, eux, contribueraient réellement à notre sécurité.

C'est pourquoi une part essentielle de notre travail consiste à imaginer et à faire exister des alternatives. Non pas réclamer une meilleure police, mais construire nos propres manières de nommer les violences, de les faire cesser et d'y répondre : autodéfense collective, réseaux d'entraide, justice transformatrice, responsabilisation communautaire. Reprendre, entre nous, ce que l'État a confisqué: le soin de nous organiser nous-mêmes.

ressources

  • Les camarades de OSVP — Outils solidaires contre les violences policières
  • Feros & Garances — ateliers d'autodéfense féministe en mixité queer.
  • Queer & Trans Révolutionnaires — « Pour une lutte queer révolutionnaire en France » : rappelle que Stonewall fut une émeute contre la police, portée par des femmes trans noires et latinas, et relie luttes queer, antiracisme et anticapitalisme.
  • VICE France — « Pourquoi la communauté LGBTI doit se (re)mobiliser contre les violences policières » : entretiens (dont Giovanna Rincon, Acceptess-T) sur la mémoire militante et le rapport entre police et personnes trans.
  • « Policer les personnes LGBT+ : le maintien de l'ordre hétérosexuel » (revue Gouvernement et action publique, Cairn) : analyse du rôle historique de la police dans la normalisation des sexualités.
  • Désarmons-les ! — collectif contre les violences d'État : documentation des armements du maintien de l'ordre, kits de soutien juridique et de soin autonome pour les personnes blessé·es.
  • Front Queer — projection et discussion autour des milices d'autodéfense queer
  • Brochure Queer Fire (traduction française) : textes sur les révoltes queers face à la police et à l'appareil répressif.
  • Dean Spade — Building an Abolitionist Trans & Queer Movement With Everything We've Got : texte de référence sur les raisons pour lesquelles les luttes trans et queer gagnent à être abolitionnistes
  • Urban Institute — « No Cops at Pride » : synthèse chiffrée sur la manière dont le système pénal états-unien cible spécifiquement les personnes LGBTQ.